
Avant les 3 500 m² de stockage, les semi-remorques de décors et les projets à l’échelle régionale, il y avait quelques musicien.nes, du matériel qui dormait et une idée de bon sens : pourquoi acheter chacun de son côté ce qu’on pourrait partager ? Retour sur une aventure collective qui a commencé petit… et qui continue de se construire avec vous.
Au départ, une histoire de musique, de matériel et de débrouille
Retour à Montaigu, dans le milieu des musiques actuelles.
Damien Forget joue dans un groupe de musique et participe à la vie du Zinor, une salle de concerts associative. Comme beaucoup de musicien.nes et de bénévoles du secteur, il connaît bien les réalités du terrain : les budgets serrés, les équipements qui coûtent cher, les besoins qui changent d’un concert à l’autre…
Et puis, il y a ce constat un peu absurde : certaines structures possèdent du matériel qui ne sert qu’une partie de l’année, pendant que d’autres peinent à s’équiper. Alors, comme souvent dans le milieu associatif, on se débrouille : On emprunte une console, on prête des projecteurs, on se dépanne entre groupes, entre salles, entre copains. Ça fonctionne, mais surtout quand on connaît les bonnes personnes.
Et celles et ceux qui n’ont pas de réseau ?
C’est là que germe une idée : et si on organisait cette entraide pour que davantage de structures puissent en profiter ? Pas besoin de produire toujours plus de matériel si on peut déjà mieux utiliser celui qui existe. Cette conviction, toute simple, est encore au cœur de notre projet aujourd’hui.
Un tour de France, une rencontre… et une idée dans une cuisine
À la même période, Damien participe au développement du Moulin Créatif, un tiers-lieu dédié aux initiatives culturelles et créatives à Montaigu. Pour nourrir le projet, il part découvrir d’autres tiers-lieux en France. Parmi eux, Le Crapo, en région parisienne, qui accueille notamment La Ressourcerie du Spectacle : Là-bas, une structure s’organise déjà pour collecter, valoriser et remettre en circulation des équipements du spectacle… C’est le déclic !
Ce qu’il imaginait à partir de son expérience du milieu musical existe déjà ailleurs, sous une autre forme. Pourquoi ne pas tenter quelque chose de similaire en Pays de la Loire, en l’adaptant aux besoins du territoire ?
De retour à Montaigu, l’idée prend forme… autour de sa table de cuisine. Pas de grand plan de développement tout tracé. Pas d’entrepôt de plusieurs milliers de mètres carrés. Encore moins la certitude que le modèle fonctionnera. Juste une intuition, des rencontres inspirantes et l’envie de vérifier si cette idée peut répondre à un vrai besoin.
En 2018, une étude de faisabilité est lancée, avec le soutien notamment de l’ADEME et de la Région Pays de la Loire, et l’appui du bureau d’études Terra. L’objectif ? Aller à la rencontre des structures culturelles, comprendre leurs pratiques, leurs besoins en équipements, leurs contraintes de stockage et leurs habitudes de mutualisation.
Avant de construire une solution, on commence par écouter celles et ceux qui pourraient en avoir besoin...Une méthode qu’on n’a pas abandonnée depuis.
Quelques mètres carrés, les premières collectes… et beaucoup de choses à apprendre
En 2019, place à l’expérimentation au Moulin Créatif. Au départ, La Ressourcerie Culturelle occupe seulement quelques mètres carrés dans un entrepôt logistique. Puis les premières ressources arrivent. Du matériel technique, des câbles, des projecteurs, du mobilier, des éléments de décor, des matériaux de construction… Et avec eux, les premières questions très concrètes.
Comment transporter un décor de plusieurs mètres ? Où stocker des équipements qui ne trouveront pas immédiatement preneur ? Comment vérifier leur état, les identifier, les référencer ? Et surtout, comment les remettre entre les mains de celles et ceux qui pourront les utiliser ? On découvre vite que le réemploi, ce n’est pas seulement récupérer du matériel avant qu’il parte à la benne. C’est tout un métier à construire autour : Il faut de la place, des outils, des compétences techniques, de la logistique et une bonne connaissance des besoins du secteur culturel.
Alors on teste. On se trompe parfois. On ajuste. On apprend des collectes, des demandes et des échanges avec les professionnel.les. De nouvelles personnes rejoignent l’aventure, avec leurs compétences et leurs idées. Les stocks grandissent, les services se précisent et les premiers mètres carrés ne suffisent plus : En 2020, La Ressourcerie Culturelle devient une association indépendante du Moulin Créatif pour poursuivre son développement et professionnaliser ses activités.
Ce qui avait commencé par une question de partage de matériel devient progressivement un véritable outil de travail pour le secteur culturel.
On ne change pas les pratiques en ignorant les contraintes du terrain
Avec les années, les demandes évoluent : D’abord issues principalement des musiques actuelles, elles viennent progressivement du théâtre, des musées, des expositions, du cinéma et de l’événementiel. Les métiers sont différents, mais on retrouve souvent les mêmes difficultés :
- Un décor qu’il faut démonter en urgence
- Une réserve déjà pleine
- Un festival qui a besoin de matériel pour quelques jours seulement
- Une compagnie qui n’a pas les moyens d’acheter neuf
- Un projet scénographique qui cherche des matériaux, mais qui ne sait pas où les trouver
On connaît ces situations. C’est précisément pour y répondre qu’on a développé nos activités au fil du temps:
- Collecter et valoriser des ressources pour les remettre en circulation
- Proposer du matériel à la vente ou à la location
- Organiser la mutualisation d’équipements
- Mettre à disposition des espaces de construction et de stockage
- Accompagner les équipes dans l’évolution de leurs pratiques
Notre métier, ce n’est pas de dire aux professionnel.les comment ils devraient travailler. C’est de leur donner les moyens de faire autrement.
Et ça change beaucoup de choses ! Parce qu’on sait qu’entre les intentions et la réalité d’une production, il y a les délais, les budgets, les fiches techniques, les transports, les équipes disponibles et parfois (toujours ?!) les imprévus de dernière minute.
On ne va pas demander à une compagnie de tout réinventer du jour au lendemain. Ni à un festival de mutualiser son matériel sans solution de stockage, de transport ou de gestion. On préfère chercher avec les équipes ce qui est possible, ici et maintenant : Parfois, c’est remplacer un achat neuf par une location. Parfois, c’est récupérer quelques panneaux de contreplaqué pour construire un décor. Parfois, c’est repenser complètement une scénographie pour partir des matériaux disponibles.
Il n’y a pas besoin de tout changer pour commencer à changer quelque chose.
De quelques mètres carrés à un projet régional : on a changé d’échelle, pas de convictions !
Aujourd’hui, les quelques mètres carrés des débuts ont laissé place à :
- 3 500 m² à Montaigu-Vendée, où se concentrent nos activités de collecte, de valorisation, de vente, de location, de stockage et de construction scénographique
- À Nantes, notre antenne facilite l’accès aux ressources pour les professionnel.les de la métropole
- Et depuis 2025, on travaille à une nouvelle étape : structurer l’économie circulaire culturelle à l’échelle des Pays de la Loire.
Mais attention : l’objectif n’est pas d’ouvrir une copie de La Ressourcerie Culturelle dans chaque département.
À Angers, en Mayenne ou à Saint-Nazaire, des structures, des compétences, des stocks et des initiatives existent déjà. Notre rôle est de les identifier, de les connecter et d’accompagner l’émergence de solutions adaptées aux réalités de chaque territoire. C’est aussi ce qui nous anime au sein du RESSAC, le réseau national des RESSourceries Artistiques et Culturelles, dont on est membre fondateur. Parce qu’une structure seule, même avec 3 500 m², ne pourra jamais répondre à tous les besoins.
Pour que les ressources circulent vraiment, il faut aussi faire circuler les savoir-faire, les outils et les coopérations.
Cette aventure, on ne l’a d’ailleurs jamais construite seul. Elle doit beaucoup aux équipes, aux bénévoles, aux partenaires, aux structures qui nous confient leurs ressources et à celles qui choisissent de les réemployer.
Vous aussi, vous pouvez commencer quelque part
Quand on regarde le chemin parcouru depuis la table de cuisine de Damien, on pourrait avoir l’impression qu’il faut de grands moyens pour faire bouger les choses… Mais notre histoire raconte plutôt l’inverse !
On n’a pas commencé avec toutes les réponses, ni tous les moyens. On a commencé avec un besoin concret, une idée et l’envie d’essayer.
Et huit ans plus tard, on continue d’expérimenter, d’apprendre et d’adapter nos solutions !
Alors si vous avez envie d’intégrer davantage de réemploi ou de mutualisation dans vos pratiques, inutile d’attendre d’avoir un projet parfaitement éco-conçu ou une stratégie de transition écologique ficelée de A à Z. Commencez par une question :
« Est-ce qu’on a vraiment besoin d’acheter cet équipement ? Est-ce qu’il pourrait être loué ou partagé ? Est-ce que les matériaux dont on a besoin existent déjà quelque part ? Que pourrait devenir ce décor après sa dernière représentation ? »
Et si vous ne savez pas par où commencer, venez nous en parler. Vous pouvez venir découvrir nos stocks, chercher du matériel pour une création, nous solliciter pour une collecte, réfléchir à une mutualisation ou simplement découvrir les solutions qui existent déjà. Pas besoin d’avoir toutes les réponses avant de pousser notre porte. On est justement là pour chercher avec vous.
Parce que la transition écologique du secteur culturel ne se fera pas uniquement à coups de grands engagements et de feuilles de route.
Elle se construit aussi dans les ateliers, les réserves, les régies, les bureaux de production et les discussions entre professionnel.les. Un choix, un essai, une coopération à la fois.
C’est comme ça qu’on a commencé, et c’est comme ça qu’on a envie de continuer avec vous.
Vous avez un projet, du matériel à faire circuler ou simplement envie de découvrir ce qu’on fait ?
Retrouvez nos services, nos espaces et nos ressources sur www.laressourcerieculturelle.com, ou venez nous rencontrer à Montaigu-Vendée.























